12/07/2010

Royce Da 5'9" - ACTE UN : Rock City.v2 (2002)

Dans une chronique précédente, je vous avais annoncé trois chroniques, commençons sans plus attendre avec Rock City, le premier album de Royce.



Il s'agit d'une deuxième édition, la première étant - à mon goût - moins bien mixée avec des sonorités un peu trop grossières pour séduire les auditeurs. Cette version offre un rendu homogène, qui donne plus de puissance et d'impact à la voix et aux textes de Royce. Dans l'ensemble, ce premier album - certes réedité - de Ryan Montgomery annonçait déjà qu'il fallait compter sur lui pour les années à venir.

Royce ouvre l'album sur une mélodie enigmatique et des drums plutôt Eastcoast, mais avec un côté fou à la Snoop Dogg sur l'intro de Tha Last Meal dans ces voix féminines criant le nom de l'artiste - en l'occurence "It's Royce Five Niiiiiiiine", comme si le messie plantait son pied sur la planète Hip-Hop.
Et il en impose le Royce..."Rock City" en guise de réelle ouverture de l'album avec Eminem aux scratchs buccaux et autres bruits de poule braillante pour les cuts pendant que Royce vous invite à venir le voir à Détroit, Rock City. Apparemment, les MCs de Detroit sont cinglés : si vous connaissez Em en MC, découvrez le en beatbox-machine ainsi qu'en chanteur de refrain, c'est du lourd. Le fait est que ça peut devenir ridicule, sauf que Royce, de sa fulguro-voix rappelle dans ses couplets que ce n'est pas une blague, mais de la bête de musique. L'instru a des sonorités assez folles, aux notes qui martèlent des graves aux aiguës dans une mini-gamme. Et cette formule fonctionne bien : deux prods sont assurées par The Neptunes, "Off Parole" et "Mr.Baller" ; la première est complètement folle...la musique est ronflante, il se passe quelque chose de grave et spectaculaire, ces notes sombres et interrogeantes qui s'enchainent...c'est Royce qui crache son vécu :
"I got a girl, got serious, got her knocked up. Uh oh, reality check, hold up" ; on aime ou pas le flow de Ryan, mais il faut avouer qu'il a une capacité à se placer sur n'importe quel temps, et cela sans surcharger ses couplets. Royce est plus qu'un MC, il écoute la musique, je pense même qu'il en est devenu musicien. Bref, "Off Parole" avec l'aide de Pharell sur les backs et le refrain mi-rappé mi-fredonné de Tre Little, c'est du pur Hip-Hop. La seconde "Mr.Baller" se résume à la lourdeur de cette golden phrase qui pour moi est pire qu'un coup de manchette furtif : "I'm a muthafuckin' star, nigga suck my balls". Un son qui fait bouger de par des drums qui viennent des tripes, probablement d'un héritage africain d'antan ; et encore une fois cette mélodie grave et entrainante des Neptunes qui rouflaque sévère. Royce et ses potes défoncent la mesure, end of story.
Royce est un vrai MC, sur n'importe quel instru il est déjà capable (en 2002) d'imposer son flow, l'exemple flagrant est "Let's Go" dans lequel il nage rapidement sur les vagues de ses couplets. Savourez la dimension épique par les hits ainsi que les sonorités pleine de bulles de la composition.
Donc, le MC de Detroit s'exprime parfaitement sur des sons violents, mais aussi sur de l'épique rapide...et en plus de ça, il pourrait faire du stand-up, avec ce merveilleux son en guise d'ode à son pénis sur "My Friend" produit par DJ Premier avec bien sûr le légendaire boom-bap du God Producer et des sonorités à la limite du gag qui portent l'instru. A ce propos, "Off Parole" se termine par un skit. Je vous laisse imaginer la scène : Royce en train d'uriner, qui lâche quelques palabres à propos de "Sausage company"...de son vier quoi!
L'album prend ensuite une tournure plus réelle, puis plus triste à la fin avec un track que j'aime : "Soldier's Story", qui ne sera sans doute jamais reconnu comme la meilleure prod de Hip-Hop du monde mais Royce ne fait qu'un avec l'instru de Reef, une mélodie simpliste de synthé et un beat assez aéré pour que le MC puisse y flotter à tout moment. Le hook avec le roulement de lèvres de Royce "BROOOOOOOMMMMM yeah[...]" est une idée de maestro, et je la salue mille fois. Une gravité de son qui émeut, le tout en balançant la tête!
Par ailleurs, "Nickel Nine" est un excellent track, duquel on notera le sample similaire à celui de "Independenza" de IAM et consorts - que les marseillais ont produit avant! Ainsi qu'un sample de "Barbra Streisand" chantant "Woman in love" utilisé comme il faut dans "Life" ou Royce déploie son savoir de la vie pour son fils, une belle leçon mélodieuse avec Amerie sur le hook.
Quant à l'association que j'avais évoqué entre Royce et DJ Premier, vous découvrez qu'elle fonctionnait déjà bien avant "The Bar Exam" dans le son intitulé "Boom" produit par Chris Martin aka DJ Premier. Le track est efficace, seulement il me parait similaire dans les sons choisis au classique de Nas, "Nas is like". Vous jugerez par vous-même.


Tracklist :


1. It’s Tuesday ( intro )
2. Rock City ( feat. Eminem )
3. Off Parole
4. My Friend
5.U Can’t Touch Me
6. Mr. Baller ( feat. Clipse, Pharrell & Tre Little )
7. Let’s Go
8. D-Elite
9. Take His Life
10. Nickel Nine Is...
11. Boom
12. Soldier’s Story
13. Who Am I
14. Life ( feat. Amerie )
15. King Of Kings ( bonus track )

C'est tout pour ce premier tour de visite dans les albums de Royce, j'en dis déjà beaucoup trop! Si vous souhaitez découvrir un rappeur excellent, n'hésitez pas, mettez la main sur l'album!

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